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12/08/2015

Si ma vie....

Si ma vie était encore à faire.

Recueil : Bonheur (1891)

Je voudrais, si ma vie était encore à faire,
Qu'une femme très calme habitât avec moi,
Plus jeune de dix ans, qui portâmet sans émoi
La moitié d'une vie au fond plutôt sévère.

Notre coeur à tous deux, dans ce châmeteau de verre,
Notre regard commun, franchise et bonne foi,
Un et double, dirait comme en soi-même : Voi !
Et répondrait comme à soi-même : Persévère !

Elle se tiendrait à sa place, mienne aussi,
Nous serions en ceci le couple réussi
Que l'inégalité, parbleu ! des caractères

Ne saurait empêcher l'équilibre qu'il faut,
Ce point étant compris d'esprits en somme austères
Qu'au fond et qu'en tout cas l'indulgence prévaut.


Paul Verlaine
(1786-1859)

19:18 Écrit par salomée dans Poésie Française | Lien permanent

28/06/2015

Dieu seul !


Dieu seul peut donner la foi
mais tu peux donner ton témoignage.

Dieu seul peut donner l'espérance
mais tu peux rendre confiance à tes frères.

Dieu seul peut donner l'amour
mais tu peux apprendre à l'autre à aimer.

Dieu seul peut donner la paix
mais tu peux semer l'union.

Dieu seul peut donner la force
mais tu peux soutenir un découragé.

Dieu seul est le chemin
mais tu peux l'indiquer aux autres.

Dieu seul est la lumière
mais tu peux la faire briller aux yeux de tous.

Dieu seul est la vie
mais tu peux rendre aux autres leur désir de vivre.

Dieu seul peut faire ce qui paraît impossible
mais tu pourras faire le possible.

Dieu seul se suffit à lui-même
mais il préfère compter sur toi.

Prière d'une équipe de Campinas (Brésil)

18:25 Écrit par salomée dans Poésie Française | Lien permanent

22/06/2015

La branche morte !


La branche morte,
celle qui jamais plus ne portera de feuilles nouvelles,
ni de fleurs ou de fruits,
celle que la vie a désertée pour toujours...
il lui reste une possibilité merveilleuse :
accepter d'être jetée dans le feu,
et celle qui ne servait à rien devient lumière et chaleur
pour ceux qui sont dans la maison.
Je t'offre ce soir Seigneur
les branches mortes de ma journée.
Je sais qu'au feu de ton AMOUR
elles seront transformées !
... Mais au soir des tempêtes souvent hélas
je laisse à terre pourrir mes branches mortes.

Michel Quoist

10:10 Écrit par salomée dans Poésie Française | Lien permanent

Les clés ....

 

Nous vivons, Seigneur
dans un monde fermé à double tour
verrouillé par des milliers, des millions de clés.
Chacun a les siennes :
celles de la maison et celles de la voiture,
celles de son bureau et celles de son coffre.
Et comme si ce n'était rien que tout cet attirail,
nous cherchons sans cesse une autre clé :
clé de la réussite ou clé du bonheur
clé du pouvoir ou clé des songes...

Toi, Seigneur qui as ouvert les yeux des aveugles et les oreilles des sourds,
donne-nous aujourd'hui la seule clé qui nous manque :
celle qui ne verrouille pas, mais libère ;
celle qui ne renferme pas nos trésors périssables,
mais livre passage à ton amour ;
celle que tu as confiée aux mains fragiles de ton Eglise :
la clé de ton Royaume.

François Séjourné

10:08 Écrit par salomée dans Poésie Française | Lien permanent

27/05/2015

L' Esprit de Dieu

Poète : Alphonse de Lamartine (1790-1869)

Recueil : Nouvelles méditations poétiques (1823).

À L. De V***.

Le feu divin qui nous consume 
Ressemble à ces feux indiscrets 
Qu'un pasteur imprudent allume 
Aux bord de profondes forêts ; 
Tant qu'aucun souffle ne l'éveille, 
L'humble foyer couve et sommeille ; 
Mais s'il respire l'aquilon, 
Tout à coup la flamme engourdie 
S'enfle, déborde ; et l'incendie 
Embrase un immense horizon !

Ô mon âme, de quels rivages 
Viendra ce souffle inattendu ? 
Serait-ce un enfant des orages ? 
Un soupir à peine entendu ? 
Viendra-t-il, comme un doux zéphyre, 
Mollement caresser ma lyre, 
Ainsi qu'il caresse une fleur ? 
Ou sous ses ailes frémissantes, 
Briser ses cordes gémissantes 
Du cri perçant de la douleur ?

Viens du couchant ou de l'aurore ! 
Doux ou terrible au gré du sort, 
Le sein généreux qui t'implore 
Brave la souffrance ou la mort ! 
Aux coeurs altérés d'harmonie 
Qu'importe le prix du génie ? 
Si c'est la mort, il faut mourir !... 
On dit que la bouche d'Orphée, 
Par les flots de l'Ebre étouffée, 
Rendit un immortel soupir !

Mais soit qu'un mortel vive ou meurt, 
Toujours rebelle à nos souhaits, 
L'esprit ne souffle qu'à son heure, 
Et ne se repose jamais ! 
Préparons-lui des lèvres pures, 
Un oeil chaste, un front sans souillures, 
Comme, aux approches du saint lieu, 
Des enfants, des vierges voilées, 
Jonchent de roses effeuillées 
La route où va passer un Dieu !

Fuyant des bords qui l'ont vu naître, 
De Jéthro l'antique berger 
Un jour devant lui vit paraître 
Un mystérieux étranger ; 
Dans l'ombre, ses larges prunelles 
Lançaient de pâles étincelles, 
Ses pas ébranlaient le vallon ; 
Le courroux gonflait sa poitrine, 
Et le souffle de sa narine 
Résonnait comme l'aquilon !

Dans un formidable silence 
Ils se mesurent un moment ; 
Soudain l'un sur l'autre s'élance, 
Saisi d'un même emportement : 
Leurs bras menaçants se replient, 
Leurs fronts luttent, leurs membres crient, 
Leurs flancs pressent leurs flancs pressés ; 
Comme un chêne qu'on déracine 
Leur tronc se balance et s'incline 
Sur leurs genoux entrelacés !

Tous deux ils glissent dans la lutte, 
Et Jacob enfin terrassé 
Chancelle, tombe, et dans sa chute 
Entraîne l'ange renversé : 
Palpitant de crainte et de rage, 
Soudain le pasteur se dégage 
Des bras du combattant des cieux, 
L'abat, le presse, le surmonte, 
Et sur son sein gonflé de honte 
Pose un genou victorieux !

Mais, sur le lutteur qu'il domine, 
Jacob encor mal affermi, 
Sent à son tour sur sa poitrine 
Le poids du céleste ennemi !... 
Enfin, depuis les heures sombres 
Où le soir lutte avec les ombres, 
Tantôt vaincu, tantôt vainqueur, 
Contre ce rival qu'il ignore 
Il combattit jusqu'à l'aurore... 
Et c'était l'esprit du Seigneur !

Ainsi dans les ombres du doute 
L'homme, hélas! égaré souvent, 
Se trace à soi-même sa route, 
Et veut voguer contre le vent ; 
Mais dans cette lutte insensée, 
Bientôt notre aile terrassée 
Par le souffle qui la combat, 
Sur la terre tombe essoufflée 
Comme la voile désenflée 
Qui tombe et dort le long du mât.

Attendons le souffle suprême ; 
Dans un repos silencieux ; 
Nous ne sommes rien de nous-même 
Qu'un instrument mélodieux ! 
Quand le doigt d'en haut se retire, 
Restons muets comme la lyre 
Qui recueille ses saints transports 
Jusqu'à ce que la main puissante 
Touche la corde frémissante 
Où dorment les divins accords !

Alphonse de Lamartine.



08:53 Écrit par salomée dans Poésie Française | Lien permanent

 
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